Sur la corde raide, un mauvais titre...C’est ce que j’ai pensé au début. Puis, très vite, je me suis dit que ça cadrait, comme on dit, que cela collait. Je me suis souvenu de ce moment où Michel, le personnage de À bout de souffle, lit un journal en fumant une clope devant une affiche où est inscrit : « vivre dangereusement, jusqu’au bout ! ». Dans ce plan, il y a évidemment quelque chose qui fait image et puis il y a Michel et sa démarche désinvolte. « Marcher et faire image » est pour commencer, une bonne façon de décrire le travail de Bruno Silva.

Et la désinvolture ? A priori, on pourrait croire qu’il y en a. Mais non, je suis persuadé au contraire qu’il y a là beaucoup d’inquiétude, inquiétude à entendre dans deux sens différents ; celui qui représente la faculté de s’interroger et l’autre qui manifeste une certaine intranquillité. Parce que les propositions (c’est le nom que j’aimerais leurs donner) de Bruno Silva, semblent régulièrement voir le jour comme apparaissent des questions, c’est à dire avec cette sorte de suspension et d’ouverture, mais également avec une perspective, un point de fixation. Pour le dire autrement et en décrivant une proposition que j’apprécie ; un ensemble de billes sont lâchées au dessus du sol, elles s’éloignent plus ou moins grandement de l’impact de leur chute symbolisé par un rond qui en cerne l’espace. Autant dire, un signe visible et fixe qui partage son existence avec celles plus aléatoires et discrètes de billes et de leurs trajectoires.

 

Voilà ! Il fallait en passer par là pour en arriver ici ; pour dire la discrétion. Car de la discrétion il y en a dans ce travail ou plutôt c’est la discrétion qui le travaille. C’est une forme de retrait qui n’est pas un isolement, une présence qui s’affirme en creux. Je pense qu’une des principales choses qui inquiètent les propositions de Bruno Silva, c’est la question de la présence. Cette question se convertie en plein de formes facilement repérables et identifiables, le jeu, le cadre, la carte, la limite, le parcours, etc...C’est cette étrange forme de présence qui donne aussi aux propositions leurs contours poétiques. On le ressent par exemple facilement avec cette vidéo diffusée sur un ordinateur portable qui repose sur lui-même de façon inhabituelle, tourné d’un quart sur la tranche, et où un cerf-volant semble jouer avec le pourtour de l’écran. A l’exemple de cette proposition, l’exposition Sur la corde raide, c’est l’histoire d’un équilibre, je dirais même celle de son allégorie...

 

 

Martial Déflacieux, autour de l'exposition "Na Corda Bamba", Septembre 2015

 

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