water marks
Parc Thermal et Casino de Royat
Royat, France, 2025

avec Ana Alenso, Céleste Cherche, Arthur Debert, Lola Göller, Klara Hobza, Shana Moulton, Natasha Papadopoulou, Russell Perkins, Johanna Rocard, Alisson Schmitt, Bruno Silva, Lara Tabet, Anaïs Touchot, Marjolaine Turpin et Benjamin Zuber.

commisaires et texte : Isabelle Henrion et Carola Uehlken

Les leftovers, littéralement « restes » ou « laissés pour compte », sont des objets que l’artiste a glanés sur les plages de son pays natal. Ballons dégonflés et éclatés, jouets de plage brisés, fragments de bidons ou d’autres objets plastiques non identifiables deviennent ici des témoins inquiétants de notre société de loisir polluante. L’intervention de Bruno Silva est un geste de soin pour les espaces côtiers qu’il entreprend de nettoyer, mais aussi envers les objets eux-mêmes qu’il embaume d’un mélange de colle et de talc, entre couche de protection et de pétrification. Posés dans des recoins des différents espaces de l’exposition, ils surprennent les visiteur·euses par leur nature incertaine : s’agit-il de déchets, de sculptures ou encore de fantômes de l’établissement de soin ? L’artiste attire ainsi notre attention vers les angles morts de notre conscience, dans tous les sens du terme.

water marks est une exposition qui se situe dans le contexte unique de la ville de Royat et de son patrimoine naturel et architectural. 15 artistes, du territoire local, national et international, investissent l‘établissement thermal en activité, les salles de jeux du Casino Partouche, l’espace public du Parc Thermal, des lieux patrimoniaux comme le Pavillon St. Mart ou encore des salles communales telles que le Coin du curiste. Chacun de ces espaces propose une expérience sensorielle et symbolique différente, avec des contraintes spécifiques et des accès réglementés.

La proximité du Casino et des Thermes intrigue : quels liens unissent le flux naturel de l‘eau et le flux virtuel de l‘argent ? Aujourd‘hui encore, nous héritons d‘une loi napoléonienne de 1806 n‘autorisant l‘ouverture de casinos que dans les villes ayant une activité thermale ou balnéaire. S‘appuyant sur cette étonnante connexion, water marks explore de manière critique et ludique les liens entre loisirs, jeux, rituels,soins et flux de capitaux. Elle invite à réfléchir à la manière dont l‘histoire, les lois et les architectures imposent une grille de lecture stratifiée de l‘espace public, et orientent les usages et comportements.

Le terme anglais “water marks” désigne, dans la nature, les traces laissées par l‘eau sur une surface asséchée. Dans le champ administratif, il désigne les filigranes utilisés pour tracer les violations de droits d‘auteur et pour authentifier les billets de banque. Dans les deux cas, ces “marques d’eau” constituent une preuve d’activité naturelle pour la première, bureaucratique pour la seconde. Le titre de l’exposition suggère ainsi une interdépendance entre lois naturelles et administratives. La présence de l‘eau, ou plus largement celle de la nature, n’induit-elle pas des cadres juridiques, des implantations et des planifications urbaines spécifiques ? Comment penser cet écosystème, régi par des lois en apparence si contraires ?

En naviguant entre la dimension macro- économique et l’échelle microscopique de leurs propres corps, les artistes révèlent l’influence des flux naturels, artificiels et législatifs sur nos comportements et rituels, sur nos habitudes de consommation et les liens de confiance que nous entretenons avec l‘industrie du bien-être et ses produits. Les artistes interrogent nos anxiétés contemporaines, soulignent l’absurdité et les défaillances des systèmes qui régissent nos quotidiens, et proposent des espaces de contemplation, de réflexion et de réappropriation de nos corps et cadres de vie.

 
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